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22 février 2008

Be Kind Rewind


La bande-annonce de cette nouvelle gondrybution au cinéma mondial me remplit de joie. Une idée toute simple et généreuse, et voilà, vivement le 5 mars.

11 janvier 2008

Faire ou ne pas faire

«La liberté, c'est de concrétiser ses idées. Si quelque chose vient les perturber, la force d'inertie, le manque d'argent, l'impossibilité de trouver l'endroit, il faut rester concentrer sur l'idée, lui rester fidèle (...). Le bonheur véritable réside dans l'acte de faire, que ce soit un succès ou un échec»
David Lynch, 2002

15 décembre 2007

My Blueberry Nights : la romance au goût de myrtille

Certains l'attendaient, d'autres pas du tout, moi beaucoup. Wong Kar Waï ressert le couvert avec My Blueberry Nights.

Après avoir présidé le festival de cannes 2006, Wong Kar Waï fait l'ouverture de l'édition 2007 avec ce film, qui a commencé sa carrière dans les salles françaises le 28 novembre.
Quelques années donc après le long tournage de "2046" (2004), ce réalisateur de Hong Kong (ayant produit également le célèbre "In The Mood for Love", 2000) sort un film qui se rapproche de ses lointaines premières productions.

Un petit tour sur le site officiel avant de se rendre au cinéma pour s'assurer que tout y est ; les couleurs saturées, un comptoir de bar-bouffe, un baiser, une romance... Un voyage, oui ça sent le "Chungking Express" (1994) voire même "Les anges déchus" (1995). Et c'est pas une idée qui me déplaira, étant largement resté sur les films de cette époque.

Le premier changement à constater rien que sur l'affiche est le casting. Des acteurs américains (et non asiatiques) : Jude Law, la chanteuse Norah Jones pour les rôles principaux, suivis de Natalie Portman, David Strathairn ("Good night, and good luck") et Rachel Weisz ("The fountain") pour les autres. Et puis New York ! New York, USA, ouais. Plus de Hong Kong, plus de Chine, plus d'Asie. Ca peut choquer, intriguer voire enthousiasmer l'air de rien, étant habitué à une certaine chinoiserie stéréotypée de la part du réalisateur.

Mais au final dès les premières minutes, on reconnaît sa signature, on est pas perdu, c'est le moins qu'on puisse dire. Et même pour tout dire, on est pas assez perdu justement. L'histoire ; un bar, un diner américain, tenu par un émouvant barman (J.Law), une femme Elizabeth (N.Jones) y entre un peu par hasard après une rupture amoureuse. Et un "petit-quelque-chose-de-magique-à-la-Kar-Waï" se passe entre eux. Avec ce huis-clos dans un bar, la relation entre un barman et une femme de passage, des détails comme le jeu avec une caméra, on commence à se dire qu'il y a un peu de foutage de gueule et qu'on se repaye un "Chungking Express" transposé aux US, 10 ans après, mais en moins bon.

Malgré tout le jeu des acteurs est dès le début au rendez-vous. Surtout pour une N.Jones qui dégage ici une certaine aura et un J.Law fidèle à lui-même. Mais voilà, intérieurement on maugrée au mauvais auto-remake américain. O rage et désespoir. (Si vous n'avez pas vu le film de 94 ici incriminé, veuillez ignorer mes maugrééments et sauter au paragraphe suivant, merci)

Heureusement au moment où l'on commence à vraiment se dire ça, ce qu'on peut appeler le premier chapitre du film s'achève. Elizabeth décide de partir, explorer le continent, les gens et sa propre vie. Et cette fois-ci il ne nous offrira pas l'histoire de l'hôtesse de l'air qui part on ne sait où pour revenir on ne sait quand. Non cette fois-ci on suit l'intéressée. Et s'enchaîne alors un road movie jouant sur les émotions des diverses rencontres d'Elizabeth qui va traverser les US au grès de petits boulots de serveuses (les bars, les restaurants, comme toujours chez Kar-Waï).

Oh et puis on s'en balance du reste finalement. On se laisse prendre doucement...

Un road movie sentimental, une belle tranche d'images, une rencontre, l'amour et tout ça et tout ça sont au rendez vous. Une belle réalisation.

27 septembre 2007

L'Île de Kim Ki-Duk

L'Île de Kim Ki-Duk
C'est vrai que ce que je connais du cinéma asiatique est bien modeste, mais c'est aussi vrai que bien souvent il m'entraîne dans des sphères d'admiration les plus élevées.
Jean-Pierre Dionnet en introduction du DVD de l'Île, de Kim Ki-Duk, dit : le public occidental accepte beaucoup plus du cinéma asiatique que de son propre cinéma. Il y a un "racisme positif" : nous partons du principe que les artistes asiatiques ont des valeurs totalement différentes des nôtres, et nous les accueillons comme telles. Le lien serré entre l'amour et la mort, par exemple, et la violence qu'il engendre, passe sans problème dans L'Île, et peut-être moins dans un film occidental. Enfin bref.
J'ai donc vu l'Île de Kim Ki-Duk et j'ai été bouleversé. Chaque image, depuis la première, est habitée à la fois d'une intensité et d'une sobriété très simples. Beaucoup de plans fixes et d'aplats de couleur inventent un film aux contours naïfs, mais cette naïveté formelle intensifie considérablement la densité du propos. Je suis sensible à l'idée que l'on dit bien davantage par notre façon de parler que par les mots qu'on emploie. J'ai retrouvé cette idée ici, puissance 10.
Bouleversement dû au minutieux travail réalisé pour exprimer des idées complètes à la fois par leur forme et par leur fond. Quelques jours avant j'avais vu The Host, et la même impression m'avait saisi : la beauté des images complète le fond. On voit deux choses : un film d'horreur et un drame superbe. Les deux angles ne se contredisent pas, ils se complètent, leur gémellité accroît la portée du film au lieu de la dissoudre.
Bouleversé aussi par ce que le réalisateur ose dans certaines scènes. Celle du suicide aux hameçons, par exemple. Cette idée me laisse sur place. Utiliser aussi naturellement les éléments du décor, les détails qu'on oublie, et leur donner un rôle fondamental est d'une belle intelligence scénaristique. Il faut y aller, il faut vraiment en avoir et n'avoir peur de rien, il faut avoir franchi des barrières pour penser ça et le porter à l'écran. Pour le filmer, longuement, irrémédiablement et froidement.
Bouleversé enfin ("enfin" pour conclure ce post, il y aurait tant à dire encore) par l'interview de Kim Ki-Duk lui-même. 20 minutes d'explication de son oeuvre abordée avec la franchise de celui qui n'a rien à perdre. On n'est pas dans l'auto célébration promotionnelle. On est dans la philosophie de la vie. Ce que Ki-Duk aborde, c'est moins les thèmes du silence, de la femme, du symbole, que celui de la liberté absolue qui guide son oeuvre. La liberté de s'autoriser une autre pensée, un autre angle sur le regard porté à l'autre. La liberté d'oser aller loin et de s'affranchir des valeurs universelles. J'avais été frappé par le mot de Quignard (par une pas si curieuse concordance des arts) qui parlait de libération davantage que de liberté. La libération dont fait preuve Kim Ki-Duk me revient en plein visage.
Depuis, je médite. Je médite beaucoup.

09 septembre 2007

Craquez pour Half Nelson


Quand on est en vacances à Paris et qu'il n'y a pas moyen de se poser en terrasse, de buller dans un parc ou en bord de Seine comme pendant tout été qui se respecte, on fait quoi ? On va au cinéma ! Et on va voir Half Nelson s'il-vous-plaît, encore un petit bijou du ciné indépendant américain que j'aime tant.
Servi par une mise en scène brillante et une interprétation toute en finesse, ce film m'a profondément touchée.
Dan Dunne est prof dans un quartier populaire de New-York et les moments passés avec ses élèves sont pour lui les seules fenêtres ouvertes sur la réalité. Le reste du temps, il se défonce au crack.
Dan Dunne agace, lorsqu'il mène ses cours d'histoire « à l'américaine » sur le mode du dialogue cool avec les mômes, enseignant démago et j'en-foutiste gentiment méprisé par sa classe. Il déçoit, incapable d'entretenir une relation normale avec qui que ce soit, comme emmuré dans sa détresse insondable.
C'est pourtant l'une de ses élèves qui va le bousculer et le sortir de sa torpeur, rencontre improbable entre cette petite un peu livrée à elle-même mais si lucide, elle dégage une sorte d'innocence désenchantée doublée d'une étonnante pugnacité.
Terrain glissant que d'aborder le thème de la relation prof-élève sous cet angle, mais ô combien crédible. L'histoire d'une rencontre aussi déroutante que salvatrice pour deux individus que rien ne pouvait réunir, au-delà du contexte scolaire, sans pour autant tomber dans l'ambigüité de la séduction...
Half Nelson pose un regard subtil et réaliste sur un sujet peu exploité : quand le bon sens veut que ce soit le valeureux professeur qui montre le chemin, la situation inverse semble inédite mais elle n'en est pas moins juste.

18 juillet 2007

le dialogue du jour

- C'est drôle, on dirait que vous avez couru.
- Oui, après vous.
- Après moi et vous venez à ma rencontre ?
- Mais justement. Je vous ai vue tout à l'heure. Alors, vous comprenez... Le choc, l'émotion, le temps de me décider et vous étiez déjà loin. Alors...
- Alors ?
- Alors, comme j'ai horreur de suivre une femme, j'ai couru pour vous dépasser et précisément venir à votre rencontre. Et maintenant, je ne vous quitte plus. Où allons nous ?

Pierre Brasseur et Arletty dans Les Enfants du Paradis

04 février 2007

Rocky Balboa

"Rocky I fait partie des films qui ont le plus compté dans ma vie". Voici une phrase, lâchée par votre serviteur, qui fait toujours son petit effet dans une soirée. Entre les partisans d'un silence gêné - voire amusé -, ceux qui lèveraient leurs sourcils d'incompréhension jusqu'au dessus de leurs fronts s'ils le pouvaient, et les plus rares qui vous cèdent un spontané "mais moi aussi !" (devenant ainsi vos meilleurs amis pour la vie).
Sly -vous permettez que je l'appelle "Sly", tous ses amis le nomment ainsi- a enchaîné les films désastreux. La liste est malheureusement très longue. "J'ai commis toutes les erreurs, toutes" consent il à répéter. Celles ci, Sly les assume et les revendique même, attestant qu'elles ont participé à le construire. Les interview qu'il donne en ce moment pour la promotion de son double filmographique sont passionnantes. Pleines d'humilité, d'humanité, de volonté, de sagesse, d'humour comme d'amour. Comme Rocky. Où l'histoire d'un looser, pas très intelligent, ni très beau, mais avec un courage et un coeur énorme, qui va décider de se battre. Et pas seulement sur le ring. Il le fera simplement parce qu' à un moment, il prendra conscience que comme tout un chacun, il a un potentiel qui ne demande qu'à être exploité. Alors oui, il va se battre : pour l'amour d'une femme et pour la quête d'un sens, celui qu'on cherche tous à donner à sa vie.
Au delà du film, la conception même de celui ci pose déjà le mythe. Un scénario écrit dans une chambre de bonne, en quelques jours par un Stallone épuisé et pauvre. Les propositions d'achat du scénario par des producteurs qui veulent lui acheter immédiatement jusqu'à 100 00 dollars à la condition expresse qu'il ne joue pas dedans. Mais Sly, malgré la centaine de dollars restant sur son compte, refuse. Il est quasi inconnu, n'a aucun poids à Hollywood mais il ne cédera pas : Rocky, c'est lui et personne d'autres. Il finira alors par conclure un deal qui s'avérera judicieux : vendu 20 000 dollars avec un intéressement de 5% sur les recettes. On connaît la suite. Le film sera tourné en 28 jours, coûtera 1 million, et en rapportera 140. Il récoltera 10 nominations aux oscars et en obtiendra trois (dont celui de meilleur film). Et pour compléter le tableau, la musique de Bill Conti qui reste considérée comme une des meilleures bandes originales de tous les temps.
Tout ça est parti d'une chambre de bonne... A méditer.
Alors ce Rocky balboa ? Autant vous dire que grand fan du premier (parce que les autres...bon...), j'ai pris cette information d'un nouveau Rocky comme une cruelle erreur, comme un élan pathétique pour essayer de retrouver une notoriété perdue. Oui, mais voilà. J'ai vu le film. Rocky a vieilli, il a pris 30 ans de plus, mais reste le même. Sly donne beaucoup de lui dans ce rôle. On frôle l'autobiographie, l'introspection. En sortant de ce film, je me suis imaginé Stallone en train de revoir Rocky I en se disant : "voilà ce que j'étais en 76, ce que Rocky était en 76. Voilà les points auxquels je dois faire absolument référence pour leurs faire écho aujourd'hui. Pour montrer ce que je suis devenu et que je n'ai pas oublié qui j'étais".
Film sincère, honnête, beau. Rocky émeut, interpelle. Il pratique l'auto dérision, n'hésite pas à s'y montrer pathétique, montrant un personnage s'engluant dans le passé et refusant d'affronter le présent. Rocky n'hésite pas à mettre un genou à terre, de se montrer vieux et vulnérable. Il martèle que ce n'est pas dans les coups qu'il donne qu'il existe, mais dans ceux qu'il est capable d'encaisser qu'il avance. L'impression d'écouter un vieux sage qui délivrerait les leçons et enseignements qu'il tire de sa propre expérience, mais qui chercherait à nous faire la morale à aucun moment. C'est son histoire, sa vérité. Rien de plus. Et c'est déjà beaucoup.

21 décembre 2006

Une vache en campagne

Début Novembre, un réalisateur américain téléphone à l'une de ses actrices fétiches, et lui manifeste son écoeurement quant aux sommes indécentes investies dans les campagne pré -oscar, dont le but est évidemment d'influencer les votants. Il finit la conversation en lui annonçant qu'il se lancera lui même dans une campagne pour elle dès le lendemain.
Elle raccroche, intriguée.
Jeudi 9 Novembre au matin, au coin de La Brea Avenue et Hollywood Boulevard. Un homme est assis sur une chaise pliante, avec une affiche de son actrice fétiche à sa gauche et une vache (??!!) à sa droite.
Alors, l'actrice sur l'affiche, c'est Laura Dern, et l'homme, c'est David Lynch.
Chapeau bas Mr Lynch.

24 septembre 2006

Faites ce que vous voulez....


....mais courez voir quand même le film "Avida" de Gustave Kerven et Benoît Delépine.
C'est tout.

22 août 2006

Selon Charlie


J'avais trouvé Selon Charlie profondément émouvant lors de sa première projection. J'en garde encore le souvenir d'une densité qui élève bien plutôt qu'elle n'enfonce. Une sorte de strate supérieure depuis laquelle ce monde qui m'entourait m'a semblé plus riche, une heure ou deux. L'air, l'espace, les sons, les mots, les gens devenaient plus souples, plus palpables, plus rassurants. J'ai vécu l'après-Selon Charlie dans une bulle très agréable.

Pour la sortie "officielle", je découvre sur Commeaucinema.com une interview de Nicole Garcia, et voilà : chaque phrase puise des deux mains dans une expérience flagrante et tacite de la vie. chaque phrase est belle et illuminée par cette femme qui la prononce. C'est un jeu de miroir : Nicole Garcia rayonne à son tour sous l'éclat de son discours. Et cette voix... Selon Charlie est un très beau film depuis la femme qui l'a créé. Ca me rassure. Ca me rassure beaucoup.

09 août 2006

Madame Soleil présente

Aujourd'hui est sorti le nouveau DVD de Steven Seagal dont le titre est :
"Today You Die".
Ni plus, ni moins.
Vous voilà prévenus.

15 juin 2006

L'aveu

J'ai un truc à vous dire. Soyons plus précis : à vous avouer.
Je ne sais pas pourquoi, j'ai du mal à en parler. Même avec mes amis. Il y a bien des petits blancs dans nos conversations où je me dit que c'est le moment ou jamais, que je vais leur dire. Finalement non. Et ils sont pourtant du genre "à l'écoute" mes amis. Mais je ne parviens pas à me délester de ce poids. Qui m'isole. Je le sens bien.
On a tous nos secrets. Plus ou moins honteux et parfois franchement inavouables. Ce qu'on redoute, c'est qu'en se livrant : c'est cette sensation de perte. Celle de son secret, déjà. Mais aussi celle d'une partie de soi même. Car ne nous mentons pas : nos secrets nous construisent et nous façonnent tout autant que nos actes et nos pensées.
Et il y a aussi l'onde de choc que l'on propage. Une fois impulsée, elle est incontrôlable. Et la réaction de ceux qui la reçoivent l'est tout autant. Car oui, un secret partagé est une bombe que l'on concède à son environnement. Car c'est sa malheureuse fonction, ce qu'on attend d'elle. Tout en ne le souhaitant pas forcément.
Ce secret est tellement lourd que j'ai même pensé à aller tout avouer dans une émission à la "Ca Se Discute". Maquillé et grimé évidemment. Peut être serait-ce plus facile ainsi. Et plus drôle aussi : quand vous voyez la gueule des perruques et autres fausses barbes dont ils affublent ces pauvres témoins chez Delarue... On les croirait sortis tout juste d'une boîte échangiste fréquentée par les peoples de TF1.
Mais bon, je sens que vous vous impatientez. Accrochez vous, je me lance :
Je n'ai pas aimé "Marie Antoinette" de Sofia Coppola.
Mon dieu, c'est horrible. Je sens déjà les doigts qui se pointent dans ma direction. J'entends les commentaires à demi murmurés : "Oh..t'as vu..c'est donc lui !" et autres ""c'est pas vrai, on nous croira jamais quant on le racontera !".
Mais voilà. C'est dit. C'est donc moi. C'est dur mais en même temps assez plaisant comme sensation; le souffle chatoyant provoqué par mon secret qui s'échappe, sans doute.
Car oui, c'est un fait : la critique est enthousiaste. Les potes, tout autant. Et moi pas.
Et pourtant, je fais partie des fervents supporters du cinéma de la damoiselle Coppola; pour "Virgin Suicide", et surtout pour "Lost In translation".
Situons le sujet, et je cite le pitch du dossier de presse : "Au sortir de l’adolescence, une jeune fille découvre un monde hostile et codifié, un univers frivole où chacun observe et juge l’autre sans aménité. Mariée à un homme maladroit qui la délaisse, elle est rapidement lassée par les devoirs de représentation qu’on lui impose. Elle s’évade dans l’ivresse de la fête et les plaisirs des sens pour réinventer un monde à elle. Y a-t-il un prix à payer à chercher le bonheur que certains vous refusent ?"
Alors, j'ai déjà un problème avec le sujet ou plutôt son traitement. 2 heures et 3 minutes pour étaler ces idées. A l'écran, c'est long, beaucoup trop long. Succession de scènes qui se ressemblent, soutenues par une alternance de silences et de dialogues faiblards. Seconds rôles inconsistants. Sofia (vous permettez que je l'appelle Sofia ?) a voulu traiter uniquement de Marie Antoinette, sa vie, son oeuvre. Et non de l'ensemble des acteurs de cette période tumultueuse. C'est un point de vue que je respecte. Mais pourquoi ne l'a t elle pas respecté, elle, jusqu'au bout ? Car si le peuple, grand moteur de cette période, est effectivement absent, on le montre pourtant furtivement à la fin. Sanguinaire et sans conscience.... Cela me choque. Permettez moi d'insister : s'attarder 2 heures sur les difficultés que Marie Antoinette rencontre pour trouver sa place, se créant un échappatoire doré par le luxe et la démesure; tout en occultant par choix scénaristique, l'extrême précarité et détresse dans lequel le peuple évoluait parallèlement... tout cela pour finir par le montrer à la fin comme des barbares sans consciences, ni propos.... Je ne sais pas si je dois trouver cela méprisant ou maladroit.
Ce qui m'a aussi gêné, c'est que je n'éprouve à aucun moment de la compassion pour le personnage principal (et pourtant, je suis plutôt "bonne pâte" de ce côté là). Le film n'est pas communicatif. Cela sent un peu la détresse de la pauvre femme qui a tout pour aller bien mais qui va mal comme même... Encore une fois, dur d'éprouver de la compassion pour M.A., à cette période clé de l'histoire de France, quant on se sait ce qu'il se passait dans la rue. Loin de moi l'idée de dire que la souffrance est conditionnée à son niveau de confort, mais là, je trouve l'exercice mal choisi. Je n'ai ressenti de la tragédie à aucun moment du film, et cela même m'interroge. On est dans le sucré et la légèreté tout le temps de ce long. Même la mort d'un de ses enfants est montré sous la forme d'une ellipse. Là où on s'attarde pendant 2 heures sur sa difficulté à trouver ses repères...
Ainsi, Sofia a voulu nous démontrer que M.A. s'ennuyait terriblement jusqu'à nous faire ressentir la même sensation. Pour cela, le pari est gagné.
Elle boit, s'amuse, glousse, court dans les jardins, évolue dans de magnifiques costumes, mange des petits mets succulents, dépense des sommes astronomiques en frivolités. Tout cela, on le voit encore et encore pendant 2 heures. Mais après ? Son spleen. OK d'accord. Sofia nous a clairement démontré avec ses deux précédents films qu'elle sait faire vivre cette sensation à l'écran avec talent...mais là, on est confronté à trop de formes et à un fond qui a grillé ses cartouches au bout d'une demi heure de film. Un film stylé, c'est sûr. Mais creux.
De même, la cour de Louis XV (puis XVI) est montré d'une manière bien naîve, je trouve (je peux vous en parler : j'y étais). Excusez moi, mais ça pue la flanelle et pas assez le cul et la sueur. Asia Argento donne tout ce qu'elle peut pour salir l'ensemble...mais ou est la décadence dans tout cela ? C'est trop propret. Bobo-isant jusqu'à la caricature. J'en arrivais à chercher, au détour d'une image, des placements produits de marques de créateurs....
Alors c'est certes un joli film; le travail sur les costumes, la photo, le maquillage est remarquable, mais c'est un film vain. Un bien joli bonbon, mais au goût sans profondeur. J'avais aussi peur du choix de la musique, je redoutais l'anachronisme mais cela fonctionne bien. Peut être parce que le film se veut justement léger ? Kirsten Dunst, elle, est incroyable, elle porte le film et arrive a donner beaucoup de nuances à une palette de sentiments pourtant restreinte à exprimer. Peut être Sofia s'est elle par ailleurs laissé aveugler et endormir par la fascination qu'elle ressent à l'égard de son actrice fétiche ? Je ne sais pas. A vous de me dire ce que vous en pensez. Sachez que j'étais limite convaincu de la qualité du film avant même de l'avoir vu. Car j'étais en confiance et en accord avec ses précédents films. Ceci explique que je pose beaucoup de questions.
Enfin voilà : c'est mon nébuleux secret. Je vous ai (presque) tout dit. Je suis soulagé, certes. Mais je suis fébrile. La faute à cet aveu qui me déshabille.
D'ailleurs, je le sens bien, votre regard sur moi est déjà différent.
Je n'ai donc pas aimé ce film sur Marie Antoinette, j'espère que vous ne me réserverez pas le même sort qu'à la reine de France.

16 mai 2006

Rock'n roll attitude

C.R.A.Z.Y. est un film qui parle de la vie. Donc forcément un peu de la votre. De sa propre vie ou d'événements ayant touchés des proches ou des plus loin.
C.R.A.Z.Y., c'est l'histoire suffisamment commune d'un dénommé Zac que l'on va suivre de sa naissance jusqu'à ses 25 ans environ. Il est le quatrième d'une poignée de 5 garçons. Il y a le sportif/péteur, l'intellectuel qui lit tout (avec une prédilection pour les étiquettes d'emballage), l'aîné junky/rockeur, et le petit dernier surnommé affectueusement "bouboule". Et il y a donc Zac, qui se découvre homosexuel mais le refoule, tentant vainement de se convaincre d'une "normative" hétérosexualité. Zac cherche sa place.
Fragilisé par sa mère le couvant d'affection et d'espoirs (Zac est né un 25 Décembre et, chrétienne, elle est persuadée que "son Jésus" a des dons de guérisseurs...). Il est surtout ancré dans une une relation intense aux variations abyssales avec un père bourru et tendre (le point de rupture étant situé le jour où Zack brise le disque import tant chéri par son père de "Crazy" - de la chanteuse Patsy Cline -). Vous l'aurez compris : la famille Beaulieu est donc convenablement barrée, coincée entre leur foi chrétienne et leur fils ainé junkie, un autre probablement gay et la pratique de la sodomie (...).
C.R.A.Z.Y. est surtout une histoire d'amour entre un père et son fils mais c'est aussi l'histoire d'un combat intérieur. Zac, rompu à retrouver l'amour de son père qu'il lui manque tant, se demande jusqu'où il peut aller, et par là même s'oublier et se mentir, pour satisfaire les attentes de ses parents. La difficulté étant de se trouver soi même. De s'accepter, de se comprendre pour qu'on nous comprenne. Dans certains films, la question de la tolérance, de la sexualité est souvent forcée et évoquée à grands traits et devient caricaturale. Ce n'est pas le cas ici. Le pathos guette mais ne vient jamais.
La vision du réalisateur est juste et attachante. Il ne juge pas. Il en ressort un film parfois très drôle, mais surtout fort émouvant.
Le film délivre un beau message d'espoir et de foi. Pas de foi chrétienne ou d'une quelconque autre foi religieuse. Non celle que l'on porte en soi. La confiance que l'on a en son intuition, en ses choix.
Dans ce deuxième long de Jean Marc Vallée, on peut trouver plusieurs lacunes que je perçois aisément avec le recul, mais qui viendront surtout du fait qu'on intellectualise le film mais qu'on ne le ressente pas. Pour moi (pour vous ce sera peut être différent et tant mieux), CRAZY fait simplement partie des films qui, une fois le générique de fin entamé, vous font sentir que ce film e(s)t vous, ce ne sera pas une histoire sans lendemain.