L'aveu
J'ai un truc à vous dire. Soyons plus précis : à vous avouer.
Je ne sais pas pourquoi, j'ai du mal à en parler. Même avec mes amis. Il y a bien des petits blancs dans nos conversations où je me dit que c'est le moment ou jamais, que je vais leur dire. Finalement non. Et ils sont pourtant du genre "à l'écoute" mes amis. Mais je ne parviens pas à me délester de ce poids. Qui m'isole. Je le sens bien.
On a tous nos secrets. Plus ou moins honteux et parfois franchement inavouables. Ce qu'on redoute, c'est qu'en se livrant : c'est cette sensation de perte. Celle de son secret, déjà. Mais aussi celle d'une partie de soi même. Car ne nous mentons pas : nos secrets nous construisent et nous façonnent tout autant que nos actes et nos pensées.
Et il y a aussi l'onde de choc que l'on propage. Une fois impulsée, elle est incontrôlable. Et la réaction de ceux qui la reçoivent l'est tout autant. Car oui, un secret partagé est une bombe que l'on concède à son environnement. Car c'est sa malheureuse fonction, ce qu'on attend d'elle. Tout en ne le souhaitant pas forcément.
Ce secret est tellement lourd que j'ai même pensé à aller tout avouer dans une émission à la "Ca Se Discute". Maquillé et grimé évidemment. Peut être serait-ce plus facile ainsi. Et plus drôle aussi : quand vous voyez la gueule des perruques et autres fausses barbes dont ils affublent ces pauvres témoins chez Delarue... On les croirait sortis tout juste d'une boîte échangiste fréquentée par les peoples de TF1.
Mais bon, je sens que vous vous impatientez. Accrochez vous, je me lance :
Je n'ai pas aimé "Marie Antoinette" de Sofia Coppola.
Mon dieu, c'est horrible. Je sens déjà les doigts qui se pointent dans ma direction. J'entends les commentaires à demi murmurés : "Oh..t'as vu..c'est donc lui !" et autres ""c'est pas vrai, on nous croira jamais quant on le racontera !".
Mais voilà. C'est dit. C'est donc moi. C'est dur mais en même temps assez plaisant comme sensation; le souffle chatoyant provoqué par mon secret qui s'échappe, sans doute.
Car oui, c'est un fait : la critique est enthousiaste. Les potes, tout autant. Et moi pas.
Et pourtant, je fais partie des fervents supporters du cinéma de la damoiselle Coppola; pour "Virgin Suicide", et surtout pour "Lost In translation".
Situons le sujet, et je cite le pitch du dossier de presse : "Au sortir de l’adolescence, une jeune fille découvre un monde hostile et codifié, un univers frivole où chacun observe et juge l’autre sans aménité. Mariée à un homme maladroit qui la délaisse, elle est rapidement lassée par les devoirs de représentation qu’on lui impose. Elle s’évade dans l’ivresse de la fête et les plaisirs des sens pour réinventer un monde à elle. Y a-t-il un prix à payer à chercher le bonheur que certains vous refusent ?"
Alors, j'ai déjà un problème avec le sujet ou plutôt son traitement. 2 heures et 3 minutes pour étaler ces idées. A l'écran, c'est long, beaucoup trop long. Succession de scènes qui se ressemblent, soutenues par une alternance de silences et de dialogues faiblards. Seconds rôles inconsistants. Sofia (vous permettez que je l'appelle Sofia ?) a voulu traiter uniquement de Marie Antoinette, sa vie, son oeuvre. Et non de l'ensemble des acteurs de cette période tumultueuse. C'est un point de vue que je respecte. Mais pourquoi ne l'a t elle pas respecté, elle, jusqu'au bout ? Car si le peuple, grand moteur de cette période, est effectivement absent, on le montre pourtant furtivement à la fin. Sanguinaire et sans conscience.... Cela me choque. Permettez moi d'insister : s'attarder 2 heures sur les difficultés que Marie Antoinette rencontre pour trouver sa place, se créant un échappatoire doré par le luxe et la démesure; tout en occultant par choix scénaristique, l'extrême précarité et détresse dans lequel le peuple évoluait parallèlement... tout cela pour finir par le montrer à la fin comme des barbares sans consciences, ni propos.... Je ne sais pas si je dois trouver cela méprisant ou maladroit.
Ce qui m'a aussi gêné, c'est que je n'éprouve à aucun moment de la compassion pour le personnage principal (et pourtant, je suis plutôt "bonne pâte" de ce côté là). Le film n'est pas communicatif. Cela sent un peu la détresse de la pauvre femme qui a tout pour aller bien mais qui va mal comme même... Encore une fois, dur d'éprouver de la compassion pour M.A., à cette période clé de l'histoire de France, quant on se sait ce qu'il se passait dans la rue. Loin de moi l'idée de dire que la souffrance est conditionnée à son niveau de confort, mais là, je trouve l'exercice mal choisi. Je n'ai ressenti de la tragédie à aucun moment du film, et cela même m'interroge. On est dans le sucré et la légèreté tout le temps de ce long. Même la mort d'un de ses enfants est montré sous la forme d'une ellipse. Là où on s'attarde pendant 2 heures sur sa difficulté à trouver ses repères...
Ainsi, Sofia a voulu nous démontrer que M.A. s'ennuyait terriblement jusqu'à nous faire ressentir la même sensation. Pour cela, le pari est gagné.
Elle boit, s'amuse, glousse, court dans les jardins, évolue dans de magnifiques costumes, mange des petits mets succulents, dépense des sommes astronomiques en frivolités. Tout cela, on le voit encore et encore pendant 2 heures. Mais après ? Son spleen. OK d'accord. Sofia nous a clairement démontré avec ses deux précédents films qu'elle sait faire vivre cette sensation à l'écran avec talent...mais là, on est confronté à trop de formes et à un fond qui a grillé ses cartouches au bout d'une demi heure de film. Un film stylé, c'est sûr. Mais creux.
De même, la cour de Louis XV (puis XVI) est montré d'une manière bien naîve, je trouve (je peux vous en parler : j'y étais). Excusez moi, mais ça pue la flanelle et pas assez le cul et la sueur. Asia Argento donne tout ce qu'elle peut pour salir l'ensemble...mais ou est la décadence dans tout cela ? C'est trop propret. Bobo-isant jusqu'à la caricature. J'en arrivais à chercher, au détour d'une image, des placements produits de marques de créateurs....
Alors c'est certes un joli film; le travail sur les costumes, la photo, le maquillage est remarquable, mais c'est un film vain. Un bien joli bonbon, mais au goût sans profondeur. J'avais aussi peur du choix de la musique, je redoutais l'anachronisme mais cela fonctionne bien. Peut être parce que le film se veut justement léger ? Kirsten Dunst, elle, est incroyable, elle porte le film et arrive a donner beaucoup de nuances à une palette de sentiments pourtant restreinte à exprimer. Peut être Sofia s'est elle par ailleurs laissé aveugler et endormir par la fascination qu'elle ressent à l'égard de son actrice fétiche ? Je ne sais pas. A vous de me dire ce que vous en pensez. Sachez que j'étais limite convaincu de la qualité du film avant même de l'avoir vu. Car j'étais en confiance et en accord avec ses précédents films. Ceci explique que je pose beaucoup de questions.
Enfin voilà : c'est mon nébuleux secret. Je vous ai (presque) tout dit. Je suis soulagé, certes. Mais je suis fébrile. La faute à cet aveu qui me déshabille.
D'ailleurs, je le sens bien, votre regard sur moi est déjà différent.
Je n'ai donc pas aimé ce film sur Marie Antoinette, j'espère que vous ne me réserverez pas le même sort qu'à la reine de France.
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