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14 novembre 2007

Boris Cyrulnik :
c'est bon pour la croissance

illustration de PanixDepuis le 30 août 2007, Boris Cyrulnik a été appelé à participer à la commission Attali chargée de réfléchir aux freins à la croissance. Au delà de toute polémique sur "l'ouverture", on ne peut que se féliciter que le gouvernement convie des consultants de cette qualité.

Rendu célèbre par ses travaux sur la résilience, Boris Cyrulnik participe volontiers à des émissions de TV ou de radio, des chroniques dans la presse (de La Recherche à Psychologies Magazine), et se prête souvent au jeu de l'interview.
C'est donc au détour d'un magazine que j'ai lu ses paroles pour la première fois il y a quelques années. Il y développait le fameux concept de résilience qui pourrait se définir comme ce que l'on a fait de la blessure qui nous a meurtri, quel que soit le détour, artistique, intellectuel ou humain, choisi pour sublimer le fracas.
Sa réflexion résolument optimiste, tellement "anti-déterministe" m'a entraînée vers la lecture de ses nombreux ouvrages, et après Boris Cyrulnik neuropsychiatre, j'ai découvert les travaux tout aussi passionnants de l'éthologue (spécialiste du comportement animal), puis, un petit peu de l'homme...

Invité en tant qu'ancien éléve du lycée Jacques Decour, il est venu offrir une conférence suivie d'une discussion aux élèves puis aux enseignants à l'occasion d'une journée de commémoration et de prévention des crimes contre l'humanité.
Pudique et sincère, il s'est un peu raconté, un journal indiscret ayant publié son histoire personnelle, il choisissait à présent d'en partager quelques souvenirs publiquement.
De son expérience d'enfant traqué par la Gestapo, orphelin et survivant, cet homme incarne pleinement le concept de résilience. Littéralement lumineux, il offre des pistes de réflexion profondes à chaque phrase, à travers une anecdote, un souvenir, un détail...
Ce soir-là, parmi bien des sujets, il évoquait son point de vue sur les origines d'un génocide.
Il expliquait comment la culture de clan, la communauté, pouvait constituer un cocon rassurant glissant parfois vers l'absence d'empathie, puis vers la violence froide légitimée par la morale.
En effet, quand les idées et autres théories sont intégrées au sein d'un pouvoir, le danger est qu'elles arrivent à la négation de l'humain. Et qu'elles justifient des actes visant à éliminer l'autre, débarrassés de tout affect.
Je retrouvais quelques éléments de réflexion à ce sujet dans Dialogue sur la nature humaine (Aube Poche), conversation avec le sociologue Edgar Morin. Là encore il évoque le pouvoir des idées, l'Homme étant capable de tuer ou de mourir pour des idées, et pour l'idée que l'on se fait de l'autre. Exterminer l'autre au nom d'une logique et d'une morale à toute épreuve est à la base de tout génocide, de toute entreprise de destruction en masse d'une population.
Boris Cyrulnik poursuit son travail de réflexion sur ce thème, puisque dans La Recherche (numéro d'été 2007), sa chronique souligne le danger de la pensée simple, logique, satisfaisante au sujet d'un problème complexe (ici la violence des enfants). Il appelle les décideurs au pouvoir à ne pas se satisfaire d'une idée claire et simple pour trancher, à ne pas se couper du réel, si complexe et si "multifactoriel", à dépasser le champ médico-scientifique pour comprendre et entrevoir des solutions efficaces, mais toujours humaines.
Oui, décidément, c'est une excellente nouvelle de savoir Boris Cyrulnik apporter son grain de sel dans des discussions destinées à éclairer le gouvernement...

28 août 2007

Retour vers le futur



Imaginez un monde où le ciel n'apparaît pas, obturé par une épaisse couche de nuages qui ne se dissipent jamais... Parfois des orages surviennent et éclairent la surface d'une lumière rougeoyante.
Un univers minéral, désert de roches dénudées, à peine modelé par des cratères vestiges d'un passé mouvementé, et quelques volcans qui s'animent de temps en temps. Pas une petite bête à l'horizon, ni le moindre brin d'herbe, et pour cause : ici règne une température de 400°C et une pression énorme qui vous aplatirait au sol comme une crêpe...
Pourtant, il suffirait d'un rafraîchissement pour libérer l'atmosphère de la quantité de vapeur d'eau qui alimente l'effet de serre intense responsable de cette fournaise. La pluie tomberait alors, et les conditions seraient réunies pour permettre l'apparition de formes de vie très primitives, bactéries archaïques capables d'amorcer des changements considérables à l'origine de l'explosion de la vie telle que nous la connaissons.

Cet univers si inhospitalier, c'est Vénus, planète « soeur » de la Terre,la plus proche et la plus ressemblante. Au moment de leur naissance, il n'y avait pratiquement aucune différence entre les deux planètes, mais la Terre a connu une fantastique évolution en neutralisant suffisamment l'effet de serre (pas totalement, sans effet de serre la Terre serait une véritable boule de neige), tandis que Vénus a conservé son enfer primitif. Par une suite de processus où la biologie et l'évolution de l'atmosphère sont étroitement corrélées, la température et la pression ont diminué, l'atmosphère s'est oxygénée, la couche d'ozone indispensable à la colonisation du milieu terrestre s'est formée, animaux et végétaux se sont diversifiés et ont gagné tous les milieux de vie possible. Tout cela a pris plus de 3,5 milliards d'années, jusqu'à atteindre un équilibre instable mais présent depuis presque 1 milliard d'années...

C'est ici qu'intervient l'hypothèse d'Adolphe Nicolas, éminent géologue français : en ces temps d'inquiétude face aux dérèglements météorologiques (constatés) et climatiques (anticipés), je me suis replongée dans la lecture de 2050, Rendez-vous à risques où j'ai retrouvé le scénario imaginé par l'auteur.
Il nous projette d'abord dans un avenir proche, où après avoir traversé une guerre mondiale liée aux inégalités accrues entre pays pauvres subissant de plein fouet les catastrophes naturelles et les pays riches s'abritant derrières des remparts de plus en plus fragiles, l'humanité basculerait dans « l'écofachisme ». Un univers orwellien où toute émission de CO2 non autorisée, un peu de feu pour se chauffer par exemple, serait passible du peloton d''exécution...

Une alternative glaçante à ce qui se profile si les rejets de gaz à effet de serre restent incontrôlables et continuent la progression que nous mesurons actuellement malgré la prise de conscience générale.
Dans le pire des cas, la démonstration percutante de Nicolas nous emmène vers une inversion pure et simple des processus qui ont permis à la Terre de quitter l'enfer vénusien ! Un emballement de l'effet de serre, puis un retour à la case départ, vers un monde où seules quelques bactéries barboteraient dans l'eau, avant de disparaître à leur tour avec l'évaporation des océans...

« Par un étrange effet de symétrie, en injectant du gaz carbonique dans l'atmosphère, l'Homme n'est-il pas en passe d'inverser ce que la vie la plus précoce réalisa il y a plusieurs milliards d'années et de changer à nouveau la face de la planète ? »
La question est pertinente et souligne encore à quel point notre responsabilité est immense...