
Un samedi d'août à Paris
« Slurrrrp ! » glisse la fille dans mon oreille en me croisant . Enfin quelque chose d'approchant car il s'agit en réalité d'un bruit de succion difficile à retranscrire. Quelques minutes avant, je croisais une femme qui me lançait un « Salut mmm toi t'es bon ! ».
Et là, il est important d'insister sur le contexte : je ne suis pas sur l'Ile de la Tentation, ni dans les backrooms moites d'un club sex. Je ne sors pas non plus d'une pub Dolce & Gabbana, la lèvre humide, les pecs luisants et la fesse bombée, et je ne me suis pas aspergé de déo Axe.
Je suis juste en train de déambuler dans les rues de mon quartier populo-bobo, entre le Monop et la bibliothèque municipale, il est midi et le ciel est gris.
Alors quoi, c'est pas bien grave, c'est même presque marrant, voire valorisant ?
Bah non, pas drôle, malgré mon sens de l'humour bien affûté, je suis consterné : ces réflexions me font l'effet d'une piqûre d'ortie. Durablement irritantes. Sensation vaguement nauséeuse d'être réduit à une denrée alimentaire, prêt à consommer...
Pourtant je ne suis pas le dernier à mater les jolies filles, pas une belle plante qui n'échappe à mon regard d'esthète. Mais jamais il ne me viendrait à l'esprit de commenter bruyamment la paire de seins qui passe devant moi, ou de suivre avec insistance celle qui m'a déjà dit non deux fois...
D'ailleurs, si les mecs se comportaient comme ça avec les filles, ça se saurait : c'est tout simplement inconcevable ! Et c'est tant mieux.
D'accord, ce genre de mésaventure n'arrive pas tous les jours, je sais bien que c'est l'oeuvre de « beaufettes » qui n'ont pas dû dépasser le stade du cerveau reptilien : PULSION – ACTION !
Mais à chaque fois je reste perplexe et affligé, même plus envie de répliquer car dans le meilleur des cas cela déclenche des ricanements, quand ce n'est pas une bordée d'insultes sexistes. Vraiment, ça me rend de mauvaise humeur de constater que certaines femmes persistent à traiter les garçons comme une catégorie inférieure et se sentent autorisées à commettre ces intrusions obscènes. Oui ça m'exaspère d'être tiré de mes rêveries par une réflexion indécente ou par les bruits qu'on fait pour appeler son chat, de flipper quand je rentre tard la nuit, de regarder mes chaussures en passant devant un groupe de nanas goguenardes, quand c'est pas la main au cul dans le métro... J'ai envie de leur jeter des seaux d'eau à ces poufiasses !
Voilà, c'était mon quart d'heure révolte, un peu vaine certes... Je ne vais pas me laisser gagner la misogynie ou alimenter une guerre des sexes stérile. N'empêche... liberté, égalité, parité hommes-femmes, tout ça... ces jours là, la route me paraît encore bien longue.
Roberto C, 33 ans, Paris