je me sens pas belle

Mon nez est trop grand. Mes seins trop petits. Mes fesses trop grosses. Mon ventre trop mou. Mes cheveux trop secs. Mes lèvres trop fines.
Alors pour me consoler j’achète un magazine féminin, je devrais y trouver des conseils pour arranger tout « ça ». Tous les « trop » et les « pas assez » de mon corps. Mon magazine va m’apprendre à, en vrac : perdre 3 kilos avant l’été, garder un mec, avoir une promo, avoir 12 orgasmes simultanés de suite.
Rien qu’à lire les titres, je suis crevée.
Lire un magazine devait être un moment détente : c’est raté.
Et pire, après ma lecture je suis finalement encore plus frustrée et complexée qu’avant. A moins de passer par la chirurgie, je ferais toujours partie du clan des « moches » (d’après les critères de beauté édictés dans ces magazines)
C’est à ce stade de profond cafard narcissique que je cours à la parapharmacie m’acheter une tonne de cosmétiques, fonce me payer des fringues, remplir mon frigo de yaourts 0%.
Voilà, j’achète j’achète j’achète.
Ca me permet de me sentir mieux… un très bref moment. Car il y aura toujours une nouvelle crème, une nouvelle fringue qu’il faudra à tout prix me procurer. La frustration est sans fin. Sont malins quand même les « marketteux ».
Enfin, tout ça pour dire que j’appelle au boycotte de la presse féminine. On me dira peut-être qu’il faut prendre ces revues avec humour et détachement. J’ai pas d’humour quand on m’ordonne d’être bonne et qu’on essaie de me faire croire que je trouverai le salut en consommant la dernière crème miracle.
Je rêve d’un féminin avec des gros culs dedans.
C’est pas vendeur le gros cul peut être. Dommage.
Même combat pour les produits light, le coca light c’est vraiment dégueulasse.
Voilà, j’ai décidé de considérer mes grosses fesses avec tendresse. Elles sont les témoins des doux moments passés à me délecter de rillettes, de nutela, de tagliatelles carbonara (je n’ai aucun souvenir ému de carottes râpées)… Et tant pis si je déborde de mon jean, c’est aussi que je déborde des plaisirs de la vie.
Eve Ensler (Les Monologues du Vagin), dans Un corps parfait, nous montre par des témoignages de femmes, de tout âge, de tout pays, que le temps passé à observer nos bourrelets, c’est du temps en moins pour réfléchir, créer, s’intéresser au monde. Qu’il est temps de se réconcilier avec nos corps.
7 commentaires:
"grosses fesses" ?!?!?
julie ? ça va ? tu as fait une overdose de féminins "plus que 3 jours pour être belle en maillot" ?
je te conseille une cure de France Football, L'Equipe et So foot, ça te changera les idées !
(sinon tu as raison sur toute la ligne)
Merci ça fait du bien. Ces magazines là ça fait des années que je n'en achète plus tellement je me sens hors norme (je fais + que du 38 en bas, mes cheveux sont cassants et je peux même pas mettre un bracelet de cheville) et incapable d'effleurer le moindre des critères édictés : manger équilibré, boire beaucoup d'eau, me mettre " des crèmes anti-âge combinées avec un doux gommage qui restructure en profondeur les macromolécules tout en évitant les rides et les ridules".Et donc je culpabilise mais " est-ce de ma faute à moi si j'aime le café et l'odeur du tabac me coucher tard la nuit me lever tôt l'après midi (dès que je peux) aller au resto (avec de supers amis) boire des apéros (à les petits kirs !!!)"
Bravo Julie c'est super bien dit na!!!
Ce que tu viens d'ecrire fait écho à un bouquin que j'ai lu récemment, "La zone du dehors" d'Alain Damasio et je ne peux resister à l'envie d'en retranscrire un passage ici. Désolé si c'est un peu long et dense :)
"- Toutes libérée qu'elle est, aucune femme n'échappe au désir d'être belle. Et plus insolite encore, l'idéal auquelle elles tendent - petit cul, taille ronde, gros sein, belle bouche - n'existe tout simplement pas à l'état naturel ! Les seules femmes qui l'atteignent sont des images de synthèse ou des Croisée de la chirurgie ! Cette compulsion à être belle, couplé à cet idéal, voila ce que nous appelons une norme. Une norme a toujours un faisceau de désir pour elle. Imposée par personne, elle s'impose à tous. Elle uniformise, elle homogénéise les comportements et les sensations plus et mieux qu'aucune dictature n'y est jamais parvenue!
[...]
- [...] Et comment en venir à bout, de cette norme ?
- Ne pas porter de coup, en sortir, se dégager... trouver l'échappée belle [...] Reprenons la beauté. Sentir comment vient et se développe en soi le désir d'être belle, et belle de cette façon-là serait l'inévitable premier mouvement. Deuxieme mouvement : couper une à une les connexions être aimée = séduire = belle = bonheur, se sentir bien = belle = être femme, etc. Et chaque fois que l'on sectionne, s'arrêter pour sentir où passe maintenant l'énergie, ce que le désir, à présent, investit.
Le troisième mouvement en découle. Commencent à se libérer des sentiments inconnus : séduire ne passe plus nécessairement par être belle. On se prend à aimer la splendeur des rides, l'expérience qu'elles dessinent, les sourires qu'elle gravent; les lèvres fines attirent, on se sent regardée pour tout autre chose que sa paire de silicone..."
ok, ok, l'idéal est une construction qui prend naissance dans notre narcissisme fragile, je veux bien...
Mais Scarlett Johansson ? Monica Belluci ? Laëtitia Casta ? Angelina Jolie ?
ELLES N'EXISTENT PAS PEUT-ETRE ????
Si Claudie, et elles sont chez moi. Si tu veux que je te les présente....
Présente-moi leurs maris plutôt !
Je suis tout a fait d'accord avec toi Julie...et quand ils parlent des rondes qui s'assument ils nous donnent en exemple scarlett johanson ou encore liv tyler !!!!!... Non mais ils se fichent de nous moi j'aimerais bien être ronde comme elles malheureusement ou pas ...je suis plutot dans le camp de josiane balasko ou laurence boccolini... En voila d'autres rondes qui s'assument mais forcement moins glamour et donc moins vendeur... tout ca n'est qu'une question de fric ...
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