Retour vers le futur

Imaginez un monde où le ciel n'apparaît pas, obturé par une épaisse couche de nuages qui ne se dissipent jamais... Parfois des orages surviennent et éclairent la surface d'une lumière rougeoyante.
Un univers minéral, désert de roches dénudées, à peine modelé par des cratères vestiges d'un passé mouvementé, et quelques volcans qui s'animent de temps en temps. Pas une petite bête à l'horizon, ni le moindre brin d'herbe, et pour cause : ici règne une température de 400°C et une pression énorme qui vous aplatirait au sol comme une crêpe...
Pourtant, il suffirait d'un rafraîchissement pour libérer l'atmosphère de la quantité de vapeur d'eau qui alimente l'effet de serre intense responsable de cette fournaise. La pluie tomberait alors, et les conditions seraient réunies pour permettre l'apparition de formes de vie très primitives, bactéries archaïques capables d'amorcer des changements considérables à l'origine de l'explosion de la vie telle que nous la connaissons.
Cet univers si inhospitalier, c'est Vénus, planète « soeur » de la Terre,la plus proche et la plus ressemblante. Au moment de leur naissance, il n'y avait pratiquement aucune différence entre les deux planètes, mais la Terre a connu une fantastique évolution en neutralisant suffisamment l'effet de serre (pas totalement, sans effet de serre la Terre serait une véritable boule de neige), tandis que Vénus a conservé son enfer primitif. Par une suite de processus où la biologie et l'évolution de l'atmosphère sont étroitement corrélées, la température et la pression ont diminué, l'atmosphère s'est oxygénée, la couche d'ozone indispensable à la colonisation du milieu terrestre s'est formée, animaux et végétaux se sont diversifiés et ont gagné tous les milieux de vie possible. Tout cela a pris plus de 3,5 milliards d'années, jusqu'à atteindre un équilibre instable mais présent depuis presque 1 milliard d'années...
C'est ici qu'intervient l'hypothèse d'Adolphe Nicolas, éminent géologue français : en ces temps d'inquiétude face aux dérèglements météorologiques (constatés) et climatiques (anticipés), je me suis replongée dans la lecture de 2050, Rendez-vous à risques où j'ai retrouvé le scénario imaginé par l'auteur.
Il nous projette d'abord dans un avenir proche, où après avoir traversé une guerre mondiale liée aux inégalités accrues entre pays pauvres subissant de plein fouet les catastrophes naturelles et les pays riches s'abritant derrières des remparts de plus en plus fragiles, l'humanité basculerait dans « l'écofachisme ». Un univers orwellien où toute émission de CO2 non autorisée, un peu de feu pour se chauffer par exemple, serait passible du peloton d''exécution...
Une alternative glaçante à ce qui se profile si les rejets de gaz à effet de serre restent incontrôlables et continuent la progression que nous mesurons actuellement malgré la prise de conscience générale.
Dans le pire des cas, la démonstration percutante de Nicolas nous emmène vers une inversion pure et simple des processus qui ont permis à la Terre de quitter l'enfer vénusien ! Un emballement de l'effet de serre, puis un retour à la case départ, vers un monde où seules quelques bactéries barboteraient dans l'eau, avant de disparaître à leur tour avec l'évaporation des océans...
« Par un étrange effet de symétrie, en injectant du gaz carbonique dans l'atmosphère, l'Homme n'est-il pas en passe d'inverser ce que la vie la plus précoce réalisa il y a plusieurs milliards d'années et de changer à nouveau la face de la planète ? »
La question est pertinente et souligne encore à quel point notre responsabilité est immense...
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