27 septembre 2007

L'Île de Kim Ki-Duk

L'Île de Kim Ki-Duk
C'est vrai que ce que je connais du cinéma asiatique est bien modeste, mais c'est aussi vrai que bien souvent il m'entraîne dans des sphères d'admiration les plus élevées.
Jean-Pierre Dionnet en introduction du DVD de l'Île, de Kim Ki-Duk, dit : le public occidental accepte beaucoup plus du cinéma asiatique que de son propre cinéma. Il y a un "racisme positif" : nous partons du principe que les artistes asiatiques ont des valeurs totalement différentes des nôtres, et nous les accueillons comme telles. Le lien serré entre l'amour et la mort, par exemple, et la violence qu'il engendre, passe sans problème dans L'Île, et peut-être moins dans un film occidental. Enfin bref.
J'ai donc vu l'Île de Kim Ki-Duk et j'ai été bouleversé. Chaque image, depuis la première, est habitée à la fois d'une intensité et d'une sobriété très simples. Beaucoup de plans fixes et d'aplats de couleur inventent un film aux contours naïfs, mais cette naïveté formelle intensifie considérablement la densité du propos. Je suis sensible à l'idée que l'on dit bien davantage par notre façon de parler que par les mots qu'on emploie. J'ai retrouvé cette idée ici, puissance 10.
Bouleversement dû au minutieux travail réalisé pour exprimer des idées complètes à la fois par leur forme et par leur fond. Quelques jours avant j'avais vu The Host, et la même impression m'avait saisi : la beauté des images complète le fond. On voit deux choses : un film d'horreur et un drame superbe. Les deux angles ne se contredisent pas, ils se complètent, leur gémellité accroît la portée du film au lieu de la dissoudre.
Bouleversé aussi par ce que le réalisateur ose dans certaines scènes. Celle du suicide aux hameçons, par exemple. Cette idée me laisse sur place. Utiliser aussi naturellement les éléments du décor, les détails qu'on oublie, et leur donner un rôle fondamental est d'une belle intelligence scénaristique. Il faut y aller, il faut vraiment en avoir et n'avoir peur de rien, il faut avoir franchi des barrières pour penser ça et le porter à l'écran. Pour le filmer, longuement, irrémédiablement et froidement.
Bouleversé enfin ("enfin" pour conclure ce post, il y aurait tant à dire encore) par l'interview de Kim Ki-Duk lui-même. 20 minutes d'explication de son oeuvre abordée avec la franchise de celui qui n'a rien à perdre. On n'est pas dans l'auto célébration promotionnelle. On est dans la philosophie de la vie. Ce que Ki-Duk aborde, c'est moins les thèmes du silence, de la femme, du symbole, que celui de la liberté absolue qui guide son oeuvre. La liberté de s'autoriser une autre pensée, un autre angle sur le regard porté à l'autre. La liberté d'oser aller loin et de s'affranchir des valeurs universelles. J'avais été frappé par le mot de Quignard (par une pas si curieuse concordance des arts) qui parlait de libération davantage que de liberté. La libération dont fait preuve Kim Ki-Duk me revient en plein visage.
Depuis, je médite. Je médite beaucoup.

1 commentaire:

Gilles Rammant a dit…

On est ici dans l'essence même de Croiser le Faire : un super article couplé à un merveilleux dessin.
Bravo à vous deux.