En compagnie des hommes
Tant que je vous tiens, voici les premières lignes du second projet dont il est question dans le post précédent. Après tout cette méthode créative pourra peut-être intéresser quelqu'un. Il y a quatre pages pour l'instant mais ne voulant rien vous imposer à cette heure je ne vous livre que la première demi.
Je n'ai pour tout titre que le provisoire "En compagnie des hommes". Rien d'entendu.
Et toujours, la possibilité incroyable de laisser des commentaires, même pour les timides, et ça vaut pour tous les posts. Ne vivrions-nous pas une époque formidable.
"Elle s'assit. Bien entendu elle ne se trouvait pas belle, avec ses tout petits seins. Elle alluma une cigarette. Avec son nez un peu long, admettons. Mais enfin ce qu'on voyait d'abord chez elle, ce qu'on voyait surtout, c'était qu'elle ressemblait à un tableau de Modigliani. Excusez du peu. Même quand elle recrachait la fumée précipitamment, comme ça.
- Excusez-moi, ça vous ennuie si je fume ?
Il poussa le cendrier vers elle.
- Tu m'expliqueras ?
- C'est compliqué, dit-elle.
Il lui sembla qu'elle souriait. Un regard furtif et il lui vola un portrait, par en-dessous, comme une image interdite qu'on conserve, adolescent, dans le secret d'un tiroir. Oui vraiment, elle était belle, et si c'était dû à cette colère froide qu'elle cachait mal, alors il ne souhaitait pas la calmer tout de suite. Profitons-en un peu, ce n'est pas tous les jours. L'écouter, bien sûr. Et elle n'était certainement pas venue là, toute seule, que pour bronzer, encore qu'il s'en féliciterait. Pour l'heure de toute façon il ne pouvait pas faire autrement que la regarder fumer, avec ses jambes croisées, si longues dans ces jeans. Il s'approcha de la fenêtre ouverte et se tint droit devant, les poings au fond des poches. Il espéra qu'elle ne remarquerait pas qu'il bombait la poitrine et rentrait le ventre. Il prit une large inspiration, pour se donner de la contenance tout en mettant son corps d'équerre. Sous la chemise son biceps tressauta. Ca irait. Il avait encore fière allure après tout. Et il avait confiance dans l'ardoise de ses yeux. Au loin et en tournant un peu la tête il voyait la mer, une maigre promesse qui scintillait, coincée entre deux falaises. C'était pour ce petit bout de mer qu'il avait acheté la maison. "Vue sur mer" promettait l'annonce et elle n'avait pas menti. Ça n'était pas toute la vérité, il aurait fallu mentionner "En prime, vue sur un petit carré de mer entre les falaises, en angle" pour être totalement honnête, mais il n'avait pas voulu compter sur les agences immobilières, fussent-elles espagnoles, pour être parfaitement irréprochables. Les impératifs du business ne lui avaient jamais posé de problème, c'était le jeu. Il était clair à l'époque déjà que cette mer-là, si humble soit-elle, allait partir très vite, lui échapper s'il ne signait pas tout de suite. Aujourd'hui il se sentait chez lui comme après une victoire : une pointe d'amertume sous la langue mais le front frappé d'orgueil. Le goût de la vie, quoi."
1 commentaire:
lu et approuvé !!
et comme j'aime bien les mots à l'emporte-pièce, je dirais que le texte laisse sur la langue un petit goût métallique, un petit éclair bleu.
Ne me demande pas pourquoi, j'ai dit "à l'emporte-pièce". ;)
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