17 février 2006

Histoires jamais entendues...

... dans un bar au bord de la Méditerranée.

Avant-propos : Soyez indulgents. Bertrand, surtout : je claudique sur tes plates-bandes.

Sam

On n'y pense pas toujours, mais le choc de deux boules de billard, ça fait du bruit. Et c'est justement ce bruit qui nous a attirés dans ce bar, Frank et moi.
A la première chope, c'était clair qu'on allait y avoir nos habitudes, ici. Lumineux, aéré, bonne musique, grande terrasse et… Samantha !

Un bijou, cette petite. Elle a un visage tout fin, comme dessiné à l'encre de Chine. Et ses yeux ! D'un regard, elle te fait un trou dans les tripes. Scotché, tu restes.

Ce soir là, j'ai appris qu'elle et son père sont les proprios du bar, et surtout que Frank est tombé amoureux. Je lui reproche pas ! Sam, il faut la voir. Elle est blonde platine, ses yeux sont bleus, sa peau est blanche, et elle sait se saper ! Elle montre tout, sans montrer trop, mais quand même… Un bijou, je te dis. En plus, on est en été. Et une nuit d'été dans le Sud, il faudrait être poète pour dire tout ce que ça peut te faire…

Moi, quand une fille est trop belle, j'essaye même pas. Mais Frank, lui, ça le gène pas. Dommage qu'il soit aussi nigaud, parce qu'il est pas désagréable, physiquement. Enfin, pour ce que je peux en juger, hein ! Un mec, ça me laisse froid.
Pourtant, Frank, il est bizarre. Pas bête, note bien, il fait une école d'ingénieur en informatique. Mais… Ouais, c'est ça, il est nigaud. "Couillon" comme on dit ici. Une gonzesse un peu bonne qui l'impressionne et hop ! Y'a plus personne. Il perd tous ses moyens, il dit que des nullités, il a la bouche ouverte, les yeux écarquillés comme ça… Il essaye de se mettre en valeur, mais on dirait un gamin de 8 ans. Tiens, une fois, il m'a même fait apporter mon synthé parce qu'il voulait montrer à Sam qu'il savait jouer du piano. T'imagines le topo ? Tu sais combien y faut de câbles pour brancher un synthé ?
Et puis surtout, la petite Samantha, elle s'en foutait un peu que Frank lui joue la Lettre à Elise. En plus, ça lui bloquait une table de billard parce qu'on avait posé le synthé dessus.

Mais bon, tu sais comment ça marche avec les filles. A force d'aller les voir, d'être sympa et de mal t'y prendre pour les draguer, tu finis copain avec elles. Même des fois, y'en a qui te font tellement confiance qu'elles te demandent des conseils à propos d'un autre type qui les font craquer.

J'avais pas ce problème avec Sam puisque j'avais aucune vue sur elle, même si j'aimais bien la regarder. Et c'était mon programme ce soir-là. Pas envie de rester à la maison, pas de copains disponibles, besoin de voir du monde : je finis à ma table habituelle. Sam vient m'apporter ma Despé et commence à me faire la conversation. Je dois être bon acteur parce qu'elle m'a raconté ses histoires pendant un bon moment, sans se rendre compte que je m'en fichais. Elle était adossée à la table de billard, les jambes tendues qui dessinaient un petit creux le long du muscle de sa cuisse. Et pendant qu'elle me parlait de ses trucs, je regardais son image, à l'envers, dans ma bière. Je voyais les bulles qui se promenaient sur sa jambe et je pouvais pas m'empêcher de chercher où positionner mon verre pour voir le plus haut possible sous sa jupette.

Elle a pas passé la soirée à me faire la conversation, évidemment. Alors, quand il m'a fallu un autre verre, je me suis accoudé au bar. A côté de moi, deux types, dont l'un, celui qui parlait le plus, avait l'air bouleversé. Sam m'a mêlé à la discussion. Le plus bavard était plutôt robuste, et pourtant, il avait l'air tout fragile. Trente-cinq - quarante ans, le regard un peu usé du mec qui en a trop vu. Une sorte de vétéran avant l'âge.

"C'est comme mon père m'avait raconté qu'il avait vu, en Algérie. Je l'ai pris dans mes bras, le gosse. Et, putain, il a cassé. Je veux dire…", ses yeux se mouillent, sa voix part en morceaux. Alors je bois une gorgée pour accompagner celle qu'il absorbe, moi aussi j'ai la gorge serrée, là, d'un coup.
Il reprend "Il était cuit dehors, mais dedans… Tous ses boyaux me sont tombés dessus".
Episode ordinaire de la vie d'un pompier en Provence, l'été.

Sam l'a resservi tout de suite, avant qu'on ait eu le temps de lui dire, l'autre type et moi. Elle remplit son verre, au pompier, en relevant haut la bouteille. Par l'échancrure de son débardeur sans manches, j'aperçois la naissance de son sein, avant de découvrir qu'elle ne porte pas de soutien-gorge.

C'est vraiment une chouette fille.

2 commentaires:

Bertrand Ploquin a dit…

Rha j'adore tes constructions ! Une fin qui tombe peut-être de façon un peu sèche, mais cette construction...

Bertrand Ploquin a dit…

J'y pense : histoires jamais entendues dans une paillotte sur la Riviera ?