Antonmania
J'ai réalisé il y a peu qu'il se passait rarement plus d'une ou deux journées sans que j'écoute ou évoque The Brian Jonestown Massacre, groupe présenté il y a quelques temps déjà par Gilles à l'occasion de leur tournée en France au printemps 2006.
Pourquoi cet engouement, partagé d'ailleurs avec des milliers de fans, et pourquoi cette quasi-fascination pour celui qui incarne les BJM, Anton Newcombe , fondateur-leader-auteur-compositeur-guitariste, bref l'âme du groupe depuis le début des années 90 ?
Tout a commencé en avril 2005 : découverte de Dig ! au cinéma, et surtout découverte des BJM et du « charismatique » (doux euphémisme) Anton.
Dig ! relate le parcours de deux goupes américains pendant sept ans (l'autre groupe étant The Dandy Wharols). Le film fut vigoureusement critiqué par Newcombe lui-même, celui-ci reprochait à la réalisatrice d'avoir eu un regard caricatural, complaisant et partial sur le parcours des BJM. En effet les images s'attardent volontiers sur les déboires souvent pathétiques du groupe et les accès de mégalomanie/paranoïa d'un Newcombe sous influence la plupart du temps...
Peu importe, ce gars crève l'écran, éclipse tous les autres protagonistes évoluant autour de lui, à l'exception du facétieux Joel Gion, son complice au tambourin. De ce film, je ne retiendrai pas les bastons sur scène, mais l'incroyable créativité et envie de jouer d'Anton, envers et contre tout, comme en témoignent les terribles dernières images, où seul sur scène avec sa petite amie du moment, il encaisse sarcasmes, insultes et projectiles, il joue sans s'arrêter avant de se ruer sur le type qui a dit le mot de trop pour lui balancer un coup de pompe en pleine tête alors qu'il tient à peine debout... Invulnérable, c'est exactement ce qu'il m'inspire et arrive à me transmettre à travers sa musique.
So retro et pourtant tellement actuel, dira une intervenante dans Dig !
La quintessence du rock anglo-américain des années 60-70, une digestion parfaite de ce qui s'est fait de mieux, ajoutera Fred, grand amateur des BJM.
Des fièvreux tubes Nevertheless, Whoever You Are, Servo aux poignants Stars, Open Heart Surgery en passant par les planants Sailor, Anenome, She's Gone; les obsédants Swallowtail ou Fuck You For Fucking Me, ces morceaux m'accompagnent depuis deux ans et ne me lassent pas. Ils sont tous accessibles et téléchargeables gratuitement sur le site des BJM , encore une initiative de Newcombe qui pousse sa logique jusqu'au bout : faire de la musique, pas du business.
Quant à l'Antonmania ? Il est évident que l'image véhiculée par Dig ! a séduit des milliers de jeunes gens en mal d'icône VRAIMENT rock'n roll, il est d'ailleurs regrettable de constater systématiquement à chaque concert qu'une poignée de lourdauds tente de provoquer Anton, espérant déclencher insultes et bagarre... Pour ma part, j'ai vu un homme charmant, modeste, ouvert, n'hésitant pas à partager un moment, un verre, une clope avec qui venait le saluer, obnubilé par l'idée de faire un bon concert avec un beau son, sincèrement triste quand ce n'était pas le cas, drôle, curieux et généreux, jouant aussi longtemps que possible. On est loin de la brute arrogante rongée par l'héroïne qui apparaît dans Dig !
Une candeur sans âge avait encore dit Fred : c'est définitivement la meilleure expression pour définir Anton Newcombe.

1 commentaire:
Une attitude c'est comme le talent, cela ne s'achète pas avec un kit "fringues + mèches" : on l'a ou on l'a pas. Et ceux qui feront l'erreur de ne s'arrêter qu'à son comportement parfois déconcertant, passeront à côté d'un homme sincère, singulier, libre, passionné et talentueux.
Bravo Claudie pour ce beau regard sur cet homme, et bienvenue à CLF.
PS : la photo choisie est juste magnifique
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