Citation du jour

« Dans la glorification du "travail", dans les infatigables discours sur la "bénédiction du travail", je vois la même arrière-pensée que dans les louanges des actes impersonnels et conformes à l'intérêt général : la crainte de tout ce qui est individuel. On se rend maintenant très bien compte, à l'aspect du travail - c'est-à-dire de ce dur labeur du matin au soir - que c'est là la meilleure police, qu'elle tient chacun en bride et qu'elle s'entend vigoureusement à entraver le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car le travail use la force nerveuse dans des proportions extraordinaires, et la soustrait à la réflexion, à la méditation, aux rêves, aux soucis, à l'amour et à la haine, il place toujours devant les yeux un but minime et accorde des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société, où l'on travaille sans cesse durement, jouira d'une plus grande sécurité : et c'est la sécurité que l'on adore maintenant comme divinité suprême. »
-- Friedrich NIETZSCHE : Aurore
4 commentaires:
Je te sens à deux doigts de filer ta dém, non ? Tu ne fais donc pas partie de la France qui veut travailler plus ? Bertrand ressaisis toi, il faut redonner le goût de la valeur travail ! Quel blog subversif non mais je te jure !
Mériterait d'être connu ce NIETZSCHE !
Sans déconner, ce texte d'une apparente simplicité formelle est d'une force et d'une justesse sidérante.
Bien sûr que la réflexion de Nietsche est intéressante, mais cela m'inspire une autre réaction. D'une part, le travail et les conditions de travail ont évolué depuis la fin du 19e, du moins en Europe, les propos de Nietsche n'en sont pas moins légitimes, mais il ne faut pas oublier le contexte... D'autre part, pour moi, tout travail consiste à produire quelque chose, qu'il s'agisse d'un objet, un service, une oeuvre intellectuelle ou artistique etc. Je ne pense pas qu'il faille opposer travail et réfexion ou développement intellectuel, artistique voire affectif. Par ailleurs, en tant qu'enseignante, je suis sensible au rejet du travail par nombre de jeunes gens, pourtant nécessaire à ce développement intellectuel et culturel évoqué... Ce rejet s'accompagne souvent d'une certaine oisiveté, non pas liée à la rêverie ou autre activité enrichissante, mais à un cercle vicieux de désoeuvrement, abrutissement parfois, absence d'envies et de désirs, où le repli sur soi et l'individualisme gagnent, et la seule source de satisfaction est... la consommation !
Tout ça pour dire que tout est question d'équilibre (et de sens).
NietZsche, pardon !
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