29 mai 2007

Comment créer un univers qui ne s'effondre pas au bout de deux jours ?

Un ami érudit m'a récemment transmis les morceaux choisis d'un entretien datant de 1978 avec Philip K. Dick, dans lequel est notamment abordée la question de la création littéraire.

Voici une (maladroite puisque personnelle) traduction de ces extraits :

J'ai toujours eu l'ambition, en écrivant des nouvelles ou des histoires qui posaient la question "Qu'est-ce que la réalité", d'obtenir un jour la réponse. C'était également l'espoir de la majorité de mes lecteurs.
Les années ont passé, j'ai écrit plus de trente nouvelles et plus de cent histoires, et pourtant je ne peux toujours pas déterminer ce qui est réel. Un jour, une lycéenne canadienne m'a demandé de définir la réalité pour elle, pour un devoir de philo. Elle voulait une réponse en une phrase. J'y ai réfléchi et lui ai finalement proposé "La réalité est ce qui, lorsque l'on cesse d'y croire, ne disparait pas". C'est tout ce qui m'est venu à l'esprit. C'était en 1972 et depuis, je n'ai pas été capable de définir la réalité de façon plus lucide.

(...)

Parménide, le philosophe grec pré-socratique, enseigne quant à lui que les seules choses réelles sont celles qui ne changent jamais... Et Héraclite, le philosophe grec pré-socratique, enseigne en revanche que tout change. Si vous combinez leurs points de vue, vous obtenez le résultat suivant : Rien n'est réel.

Il y a une autre aspect fascinant si l'on pousse ce raisonnement un peu plus loin : Parménide, selon sa propre philosophie, pourrait n'avoir jamais existé puisqu'il a vieilli, est mort et a disparu. Par conséquent, Héraclite pourrait avoir eu raison.

Mais si Héraclite était dans le vrai, alors Parménide a existé puisqu'il remplit toutes les conditions, tous les critères par lesquels Héraclite juge les choses réelles.

(...)

L'univers n'est pas une pendule et Dieu la main qui la remonte. L'univers n'est pas une montre à quartz et Dieu la pile. Spinoza pensait que l'univers est le corps de Dieu étendu dans l'espace. Mais bien avant Spinoza, deux cents ans avant lui, Xénophane de Colophon disait "Sans efforts, il agit sur toute chose par la force de son esprit" (Fragment 25).

(...)

Comme je le disais plus tôt, mes deux préoccupations lorsque j'écris est "Qu'est-ce que la réalité ?" et "Qu'est-ce qui est authentiquement humain ?" Je pense que vous voyez maintenant que je n'ai jamais été capable de répondre à la première question.
J'ai une intuition profonde que, d'une façon ou d'une autre, la Bible est un paysage réel mais masqué d'un épais brouillard. Un paysage immuable, caché à nos yeux mais à la disposition de chacun d'entre nous par révélation.

C'est là tout ce à quoi j'aboutis [s'agissant de la réalité] , avec un mélange d'expérience mystique, de raisonnement et de foi.

1 commentaire:

Bertrand Ploquin a dit…

Mon cher Jérôme, je reprends la question en titre :
POur savoir si ton univers tient plus de 2 jours, pourquoi ne pas le créer et voir ?