27 mai 2007
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

"En matière d'art, l'érudition est une sorte de défaite ; elle éclaire ce qui n'est point le plus délicat, elle approfondit ce qui n'est point essentiel. Elle substitue ses hypothèses à la sensation, sa mémoire à la présence."
-- Paul Valery
Publié par
Bertrand Ploquin
Catégorie(s) :
citation
4 commentaires:
Je pense qu'il faut être aussi érudit que Valéry pour avoir une quelconque légitimité à dire ça. Apprendre pour désapprendre : l'éternelle quête initiatique.
Point de vue intéressant, mais avec lequel je ne suis pas d'accord, car il supposerait que sans l'érudition il n'y aurait aucune légitimité à recevoir une émotion, pure et simple.
Je crois pour ma part que la grande force de Valery se manifeste ici davantage dans sa capacité de synthèse, dans l'intelligence limpide de sa phrase, que dans la dialectique de sa quête. Ne nous cachons pas derrière les circonvolutions de l'intellectualisation pour nier notre ressenti ! A titre d'exemple et pour ma part, n'ayant absolument aucune connaissance des règles de la danse contemporaine, j'ai rarement reçu avec autant de force la contemplation d'une oeuvre que celle, bouleversante, d'une chorégraphie de Preljocaj à Nanterre à laquelle j'ai eu la chance d'assister. Que je ne sache rien de son art relativise-t-il mon émotion ?
A part ça, "apprendre pour désapprendre" demeure un sujet passionnant.
Non, non, je ne me cache pas derrière les circonvolutions de l'intellectualisation pour nier mon ressenti, t'es ouf', toi ! C'est juste que je considère ce genre de citations comme un peu délicates. Il serait trop... commode de les prendre au pied de la lettre, comme une sorte d'absolution de la paresse intellectuelle ("inutile de lire des livres sur l'art ou de s'y pencher plus, puisqu'il suffit de ressentir"). Comme je te connais, je sais bien comment tu l'entends, bien entendu : mais tu comprends en quoi je trouve cela un peu dangereux.
Pour reprendre ton exemple, Tu ne connais peut-être rien à la danse contemporaine, mais je pense que tu as une culture générale suffisamment vaste pour ne pas passer "à côté" non plus ! Je peux t'assurer que même les films qui m'ont toujours immédiatement ébloui, je les ai regardés avec un plaisir décuplé après qu'on m'avait resitué leur contexte, expliqué des éléments de mise en scène, etc.
Là où je suis d'accord, c'est que l'érudition pure ne mène qu'à l'encyclopédisme là où elle devrait donner, dans le meilleur des cas, des clés pour aller au-delà de l'émerveillement. C'est à mon avis dans ce sens qu'il faut prendre la phrase de Valéry. L'érudition serait ici à prendre comme une tendance extrême, une dérive "technicienne", mais pas dans son sens le plus vaste. Et quand on est érudit comme Valéry l'était, justement, comment faire ? Sans doute en conservant un juste équilibre entre le plaisir viscéral d'une découverte et le savoir qui permettra de transformer l'enchantement en béatitude. Et puis de toutes les manières, plus on s'émerveille souvent, plus on devient érudit, non ? A ton prochain spectacle de danse, tu pourras déjà dire "mouais, pas mal, mais ça vaut pas la chorégraphie de Preljocaj à Nanterre, la vérité".
Je dirai ceci pour finir : on peut être foudroyé par un tableau tel que Guernica, par sa seule vision... mais je pense que si on a entendu parler des bombardements de 1937,le tableau peut prendre une dimension encore supérieure.
Guerni qui ? ;)
Difficile en effet de faire la part des choses entre la pure sensation et la culture de l'émotion. Je prends en tout cas la citation de Valery pour une superbe alerte, d'autant plus qu'elle m'a procuré un vrai plaisir à sa lecture !
Enregistrer un commentaire