Entrée littéraire

"J'écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché de la bonne meuf. Et je commence par là pour que les choses soient claires : je ne m'excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. Je n'échangerais ma place contre aucune autre, parce qu'être Virginie Despentes me semble être une affaire plus intéressante à mener que n'importe quelle autre affaire".
Premier paragraphe de "King Kong Théorie", dernier livre de Virginie Despentes paru chez Grasset.
4 commentaires:
A la lire, on dirait que Virginie Despentes croit faire preuve d'audace, d'un quelconque don de sa personne... Alors que l'on peut difficilement imaginer, de nos jours, posture plus convenue que la sienne. Pourquoi ai-je l'impression que toute cette pitoyable clique pseudo-trash n'aspire qu'à "faire parler les bavards" ?
En fait elle me rappelle Michel Houellebecq qui déclare dans "Rester vivant", le manifeste qui éclaire toute son oeuvre : "Creusez les sujets dont personne ne veut entendre parler.L'envers du décor. Insistez sur la maladie, l'agonie, la laideur. Parlez de la mort, de l'oubli. De la jalousie, de l'indifférence, de la frustration, de l'absence d'amour. Soyez abjects, vous serez vrais."
Oui, en effet, c'est assez similaire dans une certaine optique "quand je me pisse dessus, je crois qu'il pleut". Ce qui me gêne n'est pas tant le parti-pris en lui-même (ce sont des sujets qui m'intéressent, à titre personnel) que cette posture de défricheur, d'iconoclaste, là où on ne fait qu'aborder des thèmes que la littérature connaît depuis l'antiquité. La laideur, l'agonie, l'indifférence, la jalousie, des "sujets dont personne ne veut entendre parler" ???? Sophocle, Shakespeare, Cervantès ou Maturin en regorgent. Mais la vérité, c'est qu'on peut aussi être vrai sans être abject. La sincérité n'est pas l'apanage des méchants, mais celle des artistes talentueux.
Merci Addison d'enrichir ce débat. Tu me permettras de rebondir sur ton commentaire :
- Il est toujours intéressant d'écouter ce que dit un artiste, au-delà de savoir si l'on est d'accord avec lui ou non. Il s'agit ici de propositions, d'oeuvres en construction, bref de démarches créatives qui dépassent, à mon sens, le oui/non. Lire un artiste doit-il systématiquement poser le problème en "pour ou contre" ? Le talent ne s'affranchira-t-il pas de cette dialectique ?
- Les mots de Despentes et Houellebecq te mettent en colère. Ce qui t'agresse, ce n'est pas le style mais bien le fond. Je me demande donc (et, tu en conviendras, légitimement) si, contrairement à ce que tu crois, les sujets qu'ils abordent ne te gènent pas toi, dans un premier temps, avant d'en gêner d'autres. Si ces sujets t'intéressent, pourquoi réagir ainsi ?
- Si la démarche abjecte de Houellebecq, ou les mots crus de Despentes te révoltent, je veux alors croire que toi-même, par ailleurs, concentre cette rage vers quelque chose de positif, et pas uniquement ces cris cassants que tu lâches ici. Leur vision du monde ne te plaît pas, et c'est tout à fait ton droit comme le leur de le dire et d'être écouté. Quelle est donc ta vision ?
- Pour l'avoir vécu de façon extrêmement proche, je suis contraint de te dire que non, ces sujets ne sont toujours pas obsolètes. La maladie et la mort sont encore des sujets dont personne ne veut entendre parler. Et quand bien même : quelques auteurs morts, fussent-ils bons, font-ils un tout le monde ?
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