02 octobre 2006

Citation du jour

Question : Vous écoutez encore la musique de Serge ?
Charlotte Gainsbourg : "Non, c'est trop vivant. La voix, c'est trop puissant, le côté vivant est trop déroutant. Je le fais si j'ai envie de m'effondrer. Et ça m'arrive.(...)"
Chère Charlotte, comme tu as raison.
Par ta réponse, tu poses l'éternelle question qui restera, disons le tout de suite, sans réponse : celle du deuil. De la survie à la mort. Donc de la vie...Voici une boucle, un cercle sans fin qui correspond bien au sujet évoqué : arrive t on vraiment un jour à faire le deuil des gens qui nous ont quittés ?
Au bout d'un parcours plus ou moins long, au prix d'efforts insensés et incessant, on peut penser venir au bout de ce long travail de peine. Mais faire preuve de certitude quant à une idée aussi insaisissable et si peu docile, c'est se montrer hasardeux. Car parfois, un élément croise votre quotidien, vous (r)attrape et vous déstabilise. L'être perdu rejaillit, vous plaque contre le mur et vous impose son souvenir. Dur et fort. Emouvant et fringant.
Charlotte, pour moi aussi, cet élément est souvent la voix. Et je n'ose imaginer ta situation avec la voix d'un père qui habille quotidiennement nos ondes radiophoniques. La voix ne m'épargne vraiment pas, non. Elle relève trop de l'organique. Donc du vivant. De la vie. On en revient toujours à notre boucle.
Le deuil est en lui même un paradoxe, on nous invite à la patience, à "laisser le temps" faire son oeuvre....là où le temps pour la personne regrettée s'est arrêté. Quel choc, la perte de l'être cher. C'est ressentir un trou béant comme réaliser d'un seul coup que c'est confirmé : nous sommes mortel. Que tout a une fin.
Que faire face à cette agression aiguë du réel ? Retrousser à nouveau ses manches et affronter son chagrin ? Pour mieux le dépasser ? Et avancer ainsi dans sa propre vie ? Alors oui, c'est peut être ça faire le deuil : accepter la mort et continuer à vivre.
Ceci amène à la problématique de la survie au deuil. Il a de tels répercutions sur la vie qui nous reste à habiter. Tellement envahi par la peine que nous sommes, qu'on en viendrait à oublier qu'on a une vie à alimenter. La nôtre. Ca peut valoir le coup.
Enfin, voilà beaucoup de phrases, et son lot de questionnements sans réponse (en même temps, je vous avais prévenu dès le début). Mais bon, toutes ces lignes, du moins pour mon humble personne, ne seront pas inutiles et s'inscriront sûrement dans les travaux que je mène.
Le deuil tient beaucoup du phénomène de résistance. Alors, résistons.
Amen.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Chaque etre vivant se trouve, un jour, confronté au deuil de l etre cher, à part cas tres particuliers...
Le deuil fait partie de la vie...
S il est si difficile de l accepter, c est que peut etre, notre culture rejette cette idée...
Notre difficulté face au deuil, ne serait elle pas un symptome de la toute puissance que notre culture impose à nos pauvres individualités.
Je ne suis pas vraiment calé sur le sujet, mais je suis certain que des cultures differentes des notres, apprehendent le deuil et la mort differemment, sans peur, sans cette egocentrisme existentiel qui nous tenaille...
Fred.

Anonyme a dit…

P s : trop fun le débat sur le deuil !!!
Fred.

Anonyme a dit…

Comme tu l'as si bien souligné, cher Gilles, le plus difficile est de se confronter à la déroutante situation de la rencontre, si vivante, avec celui (ou celle) qui n'est plus là pour nous... Une voix, une odeur, voire un rêve, c'est comme une rafale de claques qu'on n'attendait pas. Devoir faire le deuil de ce qui n'est pas mort, quoi de plus absurde et déloyal ?