Premiers cris
Voici les premières lignes de ce qui devrait être un nouveau roman. Ca fait peur de les laisser là, livrées à vos commentaires, les regards de tous (enfin de la poignée de lecteurs ici qui constitue ce tous bien agréable), et en même temps c'est respirer l'air libre. Libre !
Bonne chance à vous, ces quelques lignes.
"La vie de Brahim, bien sûr. Ce nom déjà : Brahim Ivan Ochan. Il y a quelque chose de magique. D’ailleurs quand j’évoque Brahim aujourd’hui cela relève de l’incantation. Brahim Ochan ! Un voile se lève et l’air que je respire frissonne dans ma gorge. C’est un parfum que je découvre encore. Un parfum blanc, froid qui a le vrai goût de l’oxygène, me dis-je. Brahim, et je me sens vivant. Et mon corps se révèle à moi muscle après muscle.
Avec un nom pareil j’aurais sûrement dû le rencontrer pendant un trek dans le désert. Une escalade peut-être, ou sur un cargo désespéré dans une mer qui s’en cogne. Rueil-Malmaison est moins glamour. J’y accompagnais Lucie le samedi rendre visite à sa mère. Quelques minutes à peine après être entré dans la chambre, Lucie m’indiquait d’un regard que je pouvais sortir. Un « je pouvais sortir » sous forme d’il était temps. J’avais alors une bonne heure à tuer, minimum. La maison spécialisée où Elisabeth était accueillie possédait un grand jardin, avec un lac, quelques canards et un saule pleureur. A quelques mètres de la route on n’entendait pourtant que le froissement des feuilles sous le vent, et les bavardages discrets des patients le long de l’allée morne. J’avais vite résolu de prendre un livre pour patienter dans le jardin. J’ai des souvenirs de lectures intenses, « La Pitié de Dieu » de Jean Cau dans une édition Gallimard outragée. Sur le banc de la maison Notre-Dame-de-la-Fontaine, cette histoire atroce de bagnards sans espoir relevait de la fronde. "
1 commentaire:
Bravo Bertrand. Ce que tu fais rejoint ce qu'on pourrait appeler pompeusement les fondements de Croiser Le Faire. Et ça tombe plutôt bien, car c'est toi qui les a amenés.
Créer, c'est bien. Partager, c'est pas mal non plus; et c'est aussi se donner l'opportunité de se faire rencontrer des sensibilités.
Car quoi de plus intime que son écrit ? (celui qui répond "sa bistouquette" : il sort...)
Ce que tu nous livres - facile, je sais...- est, tentons un lourd parallèle cinématographique, le teaser de ton prochain "long". C'est génial, courageux et généreux.
Je fais partie des impatients qui attendent des nouvelles de ton deuxième roman et ce premier signe ne fait qu'accroître mes attentes.
Vivement la suite et bienvenue à Bachir !
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