14 mai 2006

Je n'ai jamais rien entendu d'aussi beau

Trois hommes autour d'un micro pour une malagena offerte à la jeune mariée ; ce qu'est vraiment la musique me fut révélé.
Au mariage de mon frère trois hommes ont chanté une malagena. L'un d'eux était mon père et les deux autres ses amis depuis quarante ans. La malagena disait "Que tu as de beaux yeux". Elle était adressée à la mariée, la bru de mon père. Cette chanson, ils l'avaient apprise durant leurs études, quelques années en arrière et quelques cheveux en plus.
C'est très simple une malagena. C'est moins brutal qu'un fado, moins tranché qu'un flamenco. C'est juste une ballade populaire une peu triste et facile. C'est ce qu'il y a de plus humble au monde. Aucun déferlement de notes ne surpassera cette modestie. Car une malagena se fout de savoir ce qu'elle est.
Trois hommes dont un était mon père l'ont chantée avec toute leur propre humilité. Avec tout leur coeur aussi, et beaucoup plus d'âme que tant de concerts. Aucun n'est un professionnel de la musique, aucun n'a suivi de cours, aucun n'a jamais cherché dans sa vie à faire autre chose de la musique qu'un plaisir tranquille entouré de quelques vieux amis. Leur chant fut un respect absolu de la musique et ce que la musique doit toujours être : un don, un cadeau à une jeune mariée par trois hommes qui lui offraient ce qu'ils avaient de mieux. Un fils et leur humilité. Je ne sais pas comment dire tout l'hommage à la musique que leurs quelques fausses notes révèlèrent. Peut-être est-ce le fait que ces fausses notes ne les ont pas fait rougir. Il n'y eut pas de solo ni de clin d'oeil au public. Aucun n'a chanté pour lui seul. Il n'y avait pas de leader ni d'ego. Ce fut le cadeau le plus généreux depuis l'invention de l'amour. Voici la vraie musique.

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