05 mars 2006

Paradoxes

Nous évoquons souvent avec Bertrand les mots de Philippe Djian dans Ardoise, lorsqu'il parle de "décider de devenir écrivain".

Cette phrase est une mine de paradoxes. Le premier, comment peut-on, du jour au lendemain, décider de devenir écrivain ? Et surtout, présenté comme ça, au mépris de toute prédisposition à l'écriture, ce qui me semble être le minimum vital (je n'aborde même pas l'épineux problème du talent). En même temps, existe t'il un véritable statut d'écrivain professionnel ? Fait-on des études d'écrivain ? Possède t'on une carte professionnelle d'écrivain ?

Décider de devenir écrivain, ça peut aussi être se rendre sensible à toutes les émotions du quotidien. Peut être même faire l'expérience quotidienne du quotidien ! Peut-on écrire une chanson d'amour déçu sans avoir fait l'expérience amère d'une rupture ?

Je m'avance si je prétends que la vie quotidienne est l'un des terreaux de la création ?

Mais justement, lorsque le quotidien est à flux tendu, comment trouver la place à réserver à la création ? Et après, combien de temps faut-il pour placer son esprit en "mode créatif" ?
Ainsi, il faudrait donc vivre le quotidien, et en même temps pouvoir s'en isoler comme ça, d'un coup. En fermant simplement la porte de la cuisine lorsque tout le monde est au salon ?

Dans la théorie, oui. Dans la pratique de mon quotidien, vous le dis : c'est une utopie ! Longtemps j'ai été bercé par l'image de celui qui crée. Musicien à son piano, écrivain à sa plume, peintre à son pinceau… Qui qu'il soit, il est dans son atelier et pratique son art "comme ça", au fil de l'eau. Au petit matin, il regarde son oeuvre avec un peu de recul, tentant d'y porter un regard neuf. Il oriente la toile vers la fenêtre, vers les premiers rayons. La lumière fait exploser les couleurs, le jaune s'embrase. C'est certain, ces tournesols feront date.

Malheureusement, ça ne se passe pas comme ça. Ce n'est pas aussi simple, même si on le décide !

1 commentaire:

Bertrand Ploquin a dit…

Il faudra que je relise Ardoise pour en parler sereinement, mais je crois que ce que dit Djian est que tu décides d'être écrivain toi-même plutôt que d'attendre que quelqu'un d'autre le décide à ta place. Si toi tu le décides pour toi, c'est alors non seulement incontestable, mais en plus toute contestation est inutile.
Pour ce qui est de trancher entre le quotidien et le créatif, je crois qu'il s'agit surtout d'une question de méthode. Quand Djian, fan de cinéma et de musique, s'est mis à lire et qu'il en est tombé sur les genoux, il a compris où était sa place ; dès lors, pour rencontrer un jour l'écrivain qu'il avait décidé de devenir, il s'est approprié une méthode consistant à tout voir à travers le prisme de l'écriture. La méthode est propre à chacun d'entre nous. Quelle est la tienne ?